La réforme de l’indivision de 2026 n’est plus une hypothèse : c’est la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, en vigueur depuis le 9 avril. Elle permet au juge d’autoriser un indivisaire à vendre seul en cas d’urgence et remanie le partage judiciaire. Mais elle ne fait pas ce que beaucoup ont annoncé : la majorité des deux tiers reste la règle pour demander la vente au tribunal, et un héritier peut toujours bloquer une vente amiable.
L’essentiel
- La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 « visant à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes » a été publiée au Journal officiel du 8 avril 2026.
- Le président du tribunal judiciaire peut désormais autoriser un indivisaire à conclure seul la vente d’un bien indivis, si l’urgence et l’intérêt commun le justifient (article 815-6 du Code civil).
- L’abaissement de la majorité des deux tiers à la majorité simple, voté en première lecture à l’Assemblée nationale, a été supprimé par le Sénat : l’article 815-5-1 n’a pas changé.
- Le partage judiciaire est élargi aux couples (époux, partenaires de Pacs, concubins) et recentré sur le juge commis ; le décret d’application annoncé reste à paraître.
- Hors de ces cas, vendre un bien indivis à l’amiable suppose toujours l’accord de tous les indivisaires.
Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas le conseil personnalisé d’un notaire ou d’un avocat, seuls à même d’analyser votre situation. Article à jour de la législation au 30 septembre 2026.
Réforme de l’indivision 2026 : où en est le texte ?
Le texte est adopté, promulgué et en vigueur. Cette proposition de loi de la députée Louise Morel a suivi le parcours retracé par le dossier législatif de l’Assemblée nationale.
| Étape | Date | Ce qui s’est passé |
|---|---|---|
| Dépôt à l’Assemblée nationale | 21 janvier 2025 | Proposition de loi « visant à simplifier la sortie de l’indivision successorale » |
| 1re lecture, Assemblée nationale | 6 mars 2025 | Texte adopté, avec l’abaissement du seuil des deux tiers à plus de la moitié des droits indivis |
| 1re lecture, Sénat | 18 décembre 2025 | Texte modifié et renommé ; abaissement du seuil supprimé, réforme du partage judiciaire ajoutée |
| 2e lecture, Assemblée nationale | 26 mars 2026 | Adoption sans modification : le texte est définitivement voté |
| Promulgation | 7 avril 2026 | Loi n° 2026-248, publiée au JO n° 83 du 8 avril 2026 |
| Entrée en vigueur | 9 avril 2026 | Notamment, nouvelles versions des articles 815-6, 840 et 841 ; abrogation de l’article 841-1 |
Sources : dossier législatif du Sénat, texte publié au Journal officiel sur Légifrance, analyse juridique de l’ANIL.
Le mot « successorale » a disparu du titre. Les articles modifiés relèvent du droit commun de l’indivision et concernent aussi les biens achetés à plusieurs ou détenus par un couple séparé.
Ce que la loi du 7 avril 2026 change réellement
Pour un propriétaire parisien en indivision, la loi change trois choses : la vente autorisée en urgence, le partage judiciaire et, à la marge, la suppression d’un mécanisme notarial. Ses sept articles portent aussi sur les successions vacantes gérées par l’État et sur la Corse.
Vendre seul un bien indivis avec l’autorisation du juge
L’article 815-6 du Code civil, en vigueur depuis le 9 avril 2026, pose d’abord le principe : « Le président du tribunal judiciaire peut prescrire ou autoriser toutes les mesures urgentes que requiert l’intérêt commun. » La loi y ajoute une phrase : « Il peut également autoriser un indivisaire à conclure seul un acte de vente d’un bien indivis. »
Deux conditions sont cumulatives : l’urgence et l’intérêt commun. La commission des lois du Sénat, qui a rédigé cet ajout, voulait « consacrer à l’article 815-6 du code civil la possibilité dont dispose le président du tribunal judiciaire de vendre un bien indivis pourvu qu’une telle mesure soit justifiée par l’urgence et l’intérêt commun des indivisaires » (L’essentiel du Sénat sur la proposition de loi).
C’est une mesure d’exception, à justifier devant le juge avec des éléments concrets, pas une vente à la majorité. À mon sens, un simple désaccord entre héritiers sur le prix ne suffira pas ; un bien qui se dégrade ou des dettes de l’indivision qui s’accumulent sont des arguments plus sérieux. Moins de six mois après l’entrée en vigueur du texte, le recul est trop court pour dégager une tendance des tribunaux.
Un partage judiciaire élargi et recentré sur le juge
L’article 840 du Code civil a été réécrit. Les règles du partage judiciaire s’appliquent désormais « aux demandes tendant à la liquidation, au partage et au règlement des indivisions ou des intérêts patrimoniaux des époux, des personnes liées par un pacte civil de solidarité et des concubins ». Elles peuvent même être mises en œuvre sans indivision entre les parties, « lorsque la complexité des opérations de liquidation le requiert ».
L’article 841 élargit le rôle du juge qui suit le partage. Désormais, « le juge commis aux opérations de partage est également compétent pour connaître des contestations qui s’élèvent au cours de celles-ci et pour ordonner les licitations, dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat ». La licitation, c’est la vente aux enchères du bien indivis.
Enfin, l’ancien article 841-1 est abrogé depuis le 9 avril 2026. Il permettait au notaire, face à « l’inertie d’un indivisaire », de demander au juge de désigner une personne pour le représenter. Selon le Sénat, cette suppression s’explique parce que « le projet de décret en cours de préparation impose la représentation obligatoire de l’avocat à tous les stades de la procédure afin de pallier la défaillance d’un indivisaire ».
C’est le point de vigilance : ce décret n’est pas encore paru. Au 30 septembre 2026, les articles 1359 à 1378 du Code de procédure civile consacrés au partage judiciaire n’affichent aucune modification en 2026. L’ANIL indique que la représentation obligatoire par avocat sera définie par un décret « à paraître » (analyse de l’ANIL). D’ici là, un partage judiciaire en cours se pilote de près avec l’avocat et le notaire commis.
Corse et successions vacantes : ce qui ne concerne pas Paris
Le seul régime dérogatoire retouché par la loi est territorial. L’article 6 de la loi complète l’article 2 de la loi n° 2017-285 du 6 mars 2017, réservé aux biens situés en Corse dont la propriété a été constatée par un acte de notoriété. Ce texte exigeait déjà l’accord des titulaires d’au moins deux tiers des droits indivis pour les actes de disposition.
La loi de 2026 organise la procédure, pour la vente comme pour le partage : intention exprimée devant notaire, signification aux autres indivisaires et publicité, opposition possible dans les trois mois, puis autorisation du tribunal en cas d’opposition. Selon l’ANIL, « en l’absence d’opposition, l’opération peut être réalisée sans intervention judiciaire ». Ce régime ne s’applique pas aux biens situés à Paris ou en Île-de-France. Les autres articles concernent les successions vacantes gérées par l’État.
Ce que la réforme ne change pas : la majorité des deux tiers
La majorité des deux tiers reste la règle : la mesure la plus commentée n’a pas survécu. Le texte voté par l’Assemblée nationale en mars 2025 abaissait « de deux tiers à plus de la moitié des droits indivis le seuil de majorité pour demander au juge l’autorisation de vendre un bien indivis ».
La commission des lois du Sénat l’a supprimée et a recentré l’article sur la procédure propre à la Corse. Selon elle, la mesure « aurait créé une incohérence majeure des seuils qui régissent le droit de l’indivision » et risquait « d’avoir des effets économiques imprévisibles sur le droit des sociétés et des affaires » (L’essentiel du Sénat). L’Assemblée a ensuite adopté le texte du Sénat sans modification.
Résultat : l’article 815-5-1 du Code civil est inchangé depuis le 1er janvier 2020. Un indivisaire qui détient 55 % des droits ne peut toujours pas, seul, engager cette procédure. Méfiez-vous des résumés qui annoncent une « vente à la majorité simple » : ils décrivent le texte de première lecture, pas la loi promulguée.
Le droit de l’indivision applicable au 30 septembre 2026
Au 30 septembre 2026, le droit de l’indivision distingue trois niveaux de décision : un indivisaire seul, les deux tiers des droits, ou l’unanimité. Le point de départ reste l’article 815 du Code civil : « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision et le partage peut toujours être provoqué, à moins qu’il n’y ait été sursis par jugement ou convention. »
L’indivision est, selon la définition retenue par le Sénat, « un régime juridique qui s’applique à un bien ou à un ensemble de biens partagé entre plusieurs propriétaires, dits indivisaires, qui disposent ensemble de pouvoirs concurrents sur celui-ci » (L’essentiel du Sénat).
| Décision | Qui décide | Base légale |
|---|---|---|
| Mesure nécessaire à la conservation du bien | Un seul indivisaire | Art. 815-2 C. civ. |
| Acte d’administration, mandat général d’administration, bail d’habitation | Indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits, avec information des autres | Art. 815-3 C. civ. |
| Vente amiable, bail commercial, acte hors exploitation normale | Unanimité | Art. 815-3 C. civ. |
| Vente malgré l’opposition d’un indivisaire | Tribunal judiciaire, saisi par les titulaires d’au moins deux tiers des droits | Art. 815-5-1 C. civ. |
| Vente urgente dans l’intérêt commun | Un indivisaire seul, autorisé par le président du tribunal | Art. 815-6 C. civ. (depuis le 9 avril 2026) |
Conservation et administration : un seul indivisaire ou les deux tiers
« Tout indivisaire peut prendre les mesures nécessaires à la conservation des biens indivis même si elles ne présentent pas un caractère d’urgence », prévoit l’article 815-2. Pour la gestion courante, l’article 815-3 fixe la règle des deux tiers des droits. À cette majorité, les indivisaires peuvent effectuer les actes d’administration et « conclure et renouveler les baux autres que ceux portant sur un immeuble à usage agricole, commercial, industriel ou artisanal ». Ils doivent en informer les autres, faute de quoi « les décisions prises sont inopposables à ces derniers ».
Au-delà, le même article exige « le consentement de tous les indivisaires » pour tout acte qui ne relève pas de l’exploitation normale, et pour les actes de disposition. La vente amiable d’un appartement indivis en fait partie.
La vente sans unanimité : la procédure des deux tiers
L’article 815-5-1 organise une vente sans l’accord de tous, en quatre temps :
- Les indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits expriment devant notaire leur intention de vendre.
- « Dans le délai d’un mois suivant son recueil, le notaire fait signifier cette intention aux autres indivisaires. »
- Si un indivisaire s’oppose ou ne se manifeste pas « dans un délai de trois mois à compter de la signification », le notaire le constate par procès-verbal.
- Le tribunal judiciaire peut alors autoriser la vente « si celle-ci ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires ». « Cette aliénation s’effectue par licitation. »
La procédure est exclue si l’un des indivisaires se trouve dans l’un des cas prévus à l’article 836 du Code civil, ou en cas de démembrement de propriété, c’est-à-dire lorsque l’usufruit et la nue-propriété sont séparés. Distinct, l’article 815-5 permet aussi au juge d’autoriser un indivisaire à agir seul lorsque le refus d’un autre « met en péril l’intérêt commun ».
Occupation du bien et loyers : deux règles qui pèsent dans la négociation
L’héritier qui occupe seul l’appartement familial doit en principe une indemnité : « L’indivisaire qui use ou jouit privativement de la chose indivise est, sauf convention contraire, redevable d’une indemnité » (article 815-9).
Attention au délai : « Aucune recherche relative aux fruits et revenus ne sera, toutefois, recevable plus de cinq ans après la date à laquelle ils ont été perçus ou auraient pu l’être » (article 815-10). La Cour de cassation applique ce délai à l’indemnité d’occupation, qu’elle assimile aux fruits et revenus (Cass. 1re civ., 17 février 2010, n° 08-70.429). Laisser traîner une indivision, c’est parfois perdre des années d’indemnités.
Sortir d’une indivision bloquée : les voies possibles
Six voies existent, de la vente amiable au partage judiciaire. À mon avis, le choix dépend surtout de trois éléments : la répartition des droits, la présence ou non d’un occupant, et l’urgence financière.
| Voie de sortie | Condition | Délai et coût | Base légale |
|---|---|---|---|
| Vente amiable du bien | Accord de tous | Le plus rapide et le moins coûteux | Art. 815-3 |
| Rachat des parts par un indivisaire | Accord sur la valeur et la soulte | Rapide si le financement suit | Partage amiable |
| Cession de sa quote-part à un tiers | Notification préalable aux autres, qui peuvent préempter dans le mois | Décote probable sur une part indivise | Art. 815-14 |
| Vente autorisée par le tribunal | Au moins deux tiers des droits | Notaire, puis tribunal, puis licitation | Art. 815-5-1 |
| Vente urgente autorisée par le président du tribunal | Urgence et intérêt commun | Procédure d’exception | Art. 815-6 |
| Partage judiciaire | Un seul indivisaire suffit | Selon le Sénat, 18 à 24 mois pour un partage complexe | Art. 815 et 840 |
Le Sénat le rappelle : « Une procédure de partage judiciaire complexe peut ainsi durer entre 18 et 24 mois » (L’essentiel du Sénat). S’y ajoutent les émoluments du notaire, les honoraires d’avocats et le droit de partage perçu par l’administration fiscale. C’est souvent l’argument le plus efficace pour ramener un indivisaire réticent vers une solution amiable.
Celui qui veut céder sa quote-part à un tiers doit notifier « le prix et les conditions de la cession projetée » aux autres indivisaires, qui disposent d’un délai d’un mois pour exercer leur droit de préemption (article 815-14). L’acheteur d’une part indivise achète aussi le conflit : d’où, d’après ce que j’observe, la décote que demandent les acquéreurs de ce type de droits.
Vendre un bien indivis à Paris : préparer le dossier avant la décision
Vendre un bien indivis dans de bonnes conditions suppose d’abord que tous les indivisaires partent de la même base de valeur.
Avant toute démarche, amiable ou judiciaire, je conseille de réunir quatre éléments :
- une estimation indépendante, qui donne à tous une référence commune et datée, et sert au calcul d’une éventuelle soulte ; mieux vaut comparer les estimations par leur méthode que retenir la plus élevée ;
- plusieurs scénarios de valeur : bien vendu libre ou occupé, en l’état ou après travaux, vente amiable ou licitation, dont le résultat est plus aléatoire ;
- l’état juridique du dossier, à établir avec le notaire : répartition exacte des droits, présence d’un usufruit, indivisaire introuvable ou placé sous tutelle ou curatelle, indemnités d’occupation dues ;
- le profil des acquéreurs : un appartement familial à rénover ne trouve pas le même acheteur qu’un immeuble de rapport vendu occupé.
La réforme ne dispense d’aucune de ces étapes : pour obtenir une vente sur le fondement de l’article 815-6, il faudra démontrer l’intérêt commun, et une estimation argumentée en fait partie. Le simulateur d’estimation donne un premier ordre de grandeur, à affiner sur place.
Questions fréquentes
La réforme de 2026 permet-elle de vendre un bien indivis à la majorité simple ?
Non. Votée par l’Assemblée nationale en mars 2025, cette mesure a été supprimée par le Sénat. Pour demander au tribunal l’autorisation de vendre, il faut toujours au moins deux tiers des droits indivis (article 815-5-1 du Code civil).
Un héritier peut-il encore bloquer la vente de la maison familiale ?
Il peut bloquer une vente amiable, qui exige l’unanimité, mais pas la sortie de l’indivision. Les titulaires des deux tiers peuvent saisir le tribunal, tout indivisaire peut demander le partage. Depuis le 9 avril 2026, le président du tribunal peut aussi autoriser une vente urgente dans l’intérêt commun.
La loi du 7 avril 2026 s’applique-t-elle aux indivisions déjà ouvertes ?
La loi ne contient pas de disposition transitoire spécifique et ses articles sont en vigueur depuis le 9 avril 2026. Mais le décret sur le partage judiciaire n’était pas publié au 30 septembre 2026 : pour une procédure engagée, votre avocat vous dira quelles règles s’appliquent.
Qui paie l’indemnité d’occupation quand un héritier vit dans le bien ?
L’indivisaire qui occupe seul le bien la doit, sauf convention contraire (article 815-9). La demande ne peut pas remonter à plus de cinq ans (article 815-10).
Se faire accompagner pour sortir d’une indivision
La loi du 7 avril 2026 ajoute une porte de sortie, étroite, et prépare une procédure de partage plus encadrée. Elle ne remplace ni l’accord entre indivisaires ni un dossier solide.
Chez Sellier Patrimoine, nous intervenons en amont, aux côtés du notaire et de l’avocat de chacun : estimation indépendante, scénarios de valeur, stratégie de vente adaptée au profil du bien. Héritier ou coïndivisaire d’un bien à Paris ou en Île-de-France ? La répartition des droits, l’occupation actuelle et le point de blocage suffisent pour un premier échange. Retrouvez notre approche sur la page conseil juridique ou contactez-nous.
Denis Sellier est le fondateur de Sellier Patrimoine, agence immobilière à Paris. Il accompagne vendeurs, acquéreurs et investisseurs, notamment héritiers et coïndivisaires, dans l’estimation et la vente de biens détenus en indivision.



