Le 23 septembre 2026, les copropriétaires de la Tour Montparnasse ont rejeté à plus de 76 % le lancement de la première tranche de sa rénovation, un projet évalué à environ 800 millions d’euros (franceinfo). Quel rapport avec votre 70 m² dans un immeuble du 5e ou du 14e ? Plus direct qu’il n’y paraît. Ce dossier hors norme illustre, à très grande échelle, un mécanisme que je retrouve dans chaque estimation. L’état des travaux de copropriété pèse sur la valeur d’un appartement, et fait souvent la différence entre deux biens qui se ressemblent sur le papier.
L’essentiel
- Acheter un appartement revient aussi à reprendre une quote-part des dépenses futures de l’immeuble.
- Un projet de travaux n’a pas le même poids selon qu’il est envisagé, chiffré, voté et financé, ou déjà payé.
- 20 000 € de travaux ne valent pas mécaniquement 20 000 € de décote : tout dépend de la nature des travaux et du risque qui les entoure.
- Depuis 2025, toute copropriété d’habitation de plus de 15 ans doit en principe disposer d’un projet de plan pluriannuel de travaux. Le plan adopté, ou à défaut ce projet, est remis à l’acquéreur au plus tard à la promesse de vente.
- Pour un vendeur, un immeuble bien entretenu et des travaux anticipés sont des arguments de prix, à condition de savoir les présenter.
Ce que la Tour Montparnasse enseigne à toutes les copropriétés parisiennes
Un projet de travaux ne crée de la valeur qu’une fois techniquement réalisable, juridiquement sécurisé et financièrement exécutable. Le dossier de la tour le montre bien. Annoncé autour de 300 millions d’euros en 2017, il approchait les 800 millions dans sa dernière version. La tour a été vidée de ses occupants et fermée au public le 31 mars 2026, et LFPI, qui en détient 30 %, a demandé en juillet une rénovation moins coûteuse (franceinfo).
À l’assemblée générale du 23 septembre, MGEN et Axa se sont joints à son opposition (franceinfo), alors que le permis de construire expire le 26 novembre (franceinfo). Un projet abouti, permis en poche, peut donc rester à quai faute d’accord sur son coût.
Votre immeuble n’a ni 200 mètres de haut ni des investisseurs institutionnels autour de la table. Mais une assemblée générale qui ajourne un ravalement, une chaudière collective qu’on remplace « l’an prochain » depuis trois ans, un devis qui grimpe entre deux AG : les ressorts sont les mêmes, à une autre échelle.
Pourquoi les travaux de copropriété changent la valeur d’un appartement
Parce qu’avec ses mètres carrés, l’acquéreur reprend la part de l’immeuble qui correspond à son lot, ses charges à venir et ses incertitudes comprises.
Prenons deux appartements identiques sur le papier. Même rue, même surface, même étage, même DPE, même état intérieur.
- Premier immeuble : toiture refaite, ravalement achevé, chauffage modernisé, fonds travaux correctement alimenté.
- Second immeuble : ravalement à prévoir, toiture vieillissante, chaudière collective en fin de vie, rénovation énergétique évoquée en AG mais jamais financée.
Appliquer le même prix au mètre carré aux deux serait une erreur. L’acheteur du second logement devra payer, dans les années qui viennent, ce que les copropriétaires du premier ont déjà réglé. Et il le fera valoir au moment de négocier.
Voilà pourquoi, dans le 5e, le 6e, le 13e ou le 14e arrondissement, deux biens comparables peuvent afficher des valeurs sensiblement différentes : leurs immeubles ne sont pas au même stade de leur cycle d’entretien.
Envisagés, chiffrés, votés ou réalisés : quatre stades de travaux, quatre niveaux de risque
Le poids de travaux de copropriété sur la valeur d’un appartement dépend moins de leur montant que de leur avancement. J’en distingue quatre stades.
| Stade | Pièce qui le prouve | Niveau de risque pour l’acheteur | Effet sur la négociation |
|---|---|---|---|
| Envisagés | Procès-verbal d’AG (discussion, demande d’étude) | Élevé : principe, calendrier et coût encore flous | L’acheteur intègre une marge de sécurité, souvent large |
| Chiffrés | Diagnostic, devis, projet de plan pluriannuel | Moyen : risque mesurable, budget encore mouvant | La négociation s’appuie sur un montant, assorti d’une marge pour dépassement |
| Votés et financés | Procès-verbal de vote, calendrier des appels de fonds | Faible : reste l’exécution du chantier | Discussion sur qui paie quoi, à régler dans la promesse |
| Réalisés et payés | Carnet d’entretien, procès-verbal de réception, factures | Très faible | Argument de prix et de rapidité de vente pour le vendeur |
Les travaux envisagés restent une intention : c’est le stade où l’incertitude pèse le plus. Une fois chiffrés, le risque devient mesurable, mais le budget peut encore évoluer, comme l’a montré, à son échelle, le dossier Montparnasse. Les travaux réalisés et payés profitent à l’acquéreur sans qu’il en supporte le coût.
Les travaux votés et financés appellent une précision. Par défaut, les appels de fonds sont dus par celui qui est copropriétaire au moment où ils deviennent exigibles, et non à la date du vote (article 6-2 du décret du 17 mars 1967).
Des travaux votés avant la vente peuvent donc être payés par l’acquéreur. Vendeur et acheteur peuvent prévoir une autre répartition dans la promesse et l’acte, mais cette convention ne vaut qu’entre eux (article 6-3 du décret de 1967). Le syndicat réclamera donc les appels de fonds au copropriétaire en titre, à charge pour lui de se faire rembourser par l’autre partie. Ces travaux s’ajoutent aux charges courantes : pour leur répartition entre vendeur et acquéreur, voyez notre article sur le budget prévisionnel de copropriété à lire avant de vendre.
Une quote-part de travaux n’est pas une décote automatique
Non : 20 000 € de travaux à venir ne se traduisent pas forcément par 20 000 € de moins sur le prix. La décote peut être inférieure, ou supérieure.
Quand la décote dépasse le montant des travaux
Un acheteur averti regarde plus loin que le devis. Il intègre aussi :
- l’incertitude sur le montant définitif et le risque de dépassement ;
- le calendrier des appels de fonds et le coût de leur financement ;
- les nuisances du chantier et sa durée ;
- le risque que les décisions soient retardées, contestées ou remises en cause.
Quand les travaux créent de la valeur
À l’inverse, tous les travaux ne se valent pas. Une quote-part de 20 000 € destinée à traiter une pathologie structurelle ne se lit pas comme 20 000 € investis dans une rénovation qui améliore durablement la performance énergétique de l’immeuble. La première répare un défaut ; la seconde peut soutenir la valeur du bien et sa facilité de revente.
Pour des travaux dans votre propre logement, voyez notre approche de la valorisation par la rénovation et notre méthode pour estimer le coût de travaux à Paris.
La bonne question n’est donc pas seulement « combien vont coûter ces travaux ? », mais « quel risque représentent-ils aujourd’hui, et quelle valeur créeront-ils demain ? ».
Plan pluriannuel de travaux, fonds travaux, DPE collectif : ce que la loi impose désormais
Trois outils rendent aujourd’hui la situation d’une copropriété bien plus lisible qu’il y a dix ans. La loi Climat et résilience de 2021 a modifié le calcul du fonds travaux, a rendu obligatoire le projet de plan pluriannuel de travaux (article 171 de la loi du 22 août 2021) et a généralisé le DPE collectif (article 158).
| Outil | Pour qui | Depuis quand |
|---|---|---|
| Fonds travaux | Copropriétés d’habitation | 2017, loi ALUR (article 14-2, version de 2017) |
| Projet de plan pluriannuel de travaux | Copropriétés d’habitation de plus de 15 ans | 2023 au-delà de 200 lots, 2024 de 51 à 200 lots, 2025 jusqu’à 50 lots (article 171, VI) |
| DPE collectif | Immeubles d’habitation collective, permis déposé avant 2013 | 2024 au-delà de 200 lots, 2025 de 50 à 200 lots, 2026 jusqu’à 50 lots (article 158, VI) |
Le projet de plan pluriannuel de travaux (PPPT)
Depuis le 1er janvier 2025, toute copropriété à usage total ou partiel d’habitation de plus de 15 ans, quel que soit son nombre de lots, doit en principe faire établir un projet de plan pluriannuel de travaux (service-public.gouv.fr). Il est confié à un professionnel justifiant de compétences et de garanties, qui atteste de son indépendance (service-public.gouv.fr).
Le projet liste les travaux nécessaires, en estime le coût et propose un échéancier sur les dix prochaines années ; il est présenté à l’assemblée générale, qui se prononce sur son adoption (article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965). Seule exception : le syndicat en est dispensé si un diagnostic technique global ne fait apparaître aucun besoin de travaux dans les dix ans qui suivent son élaboration (article 14-2). Pour un acheteur, c’est la pièce la plus utile : elle transforme des travaux « évoqués » en travaux chiffrés.
Le fonds travaux
Dans les immeubles d’habitation de plus de dix ans, chaque copropriétaire alimente un fonds de travaux. La cotisation annuelle ne peut être inférieure à 5 % du budget prévisionnel, ni, lorsqu’un plan pluriannuel a été adopté, à 2,5 % du montant des travaux qu’il prévoit. Ces sommes restent acquises au syndicat et ne sont pas remboursées au vendeur lors de la cession. L’acquéreur peut toutefois accepter de lui verser un montant équivalent en plus du prix (article 14-2-1 de la loi du 10 juillet 1965).
Seule soupape prévue par le texte : l’assemblée générale se prononce sur la suspension des cotisations lorsque le fonds dépasse le budget prévisionnel et, si un plan a été adopté, 50 % des travaux qu’il prévoit (article 14-2-1).
Avant la réforme, un immeuble de moins de dix lots pouvait y renoncer à l’unanimité, et un diagnostic technique global sans besoin de travaux sur dix ans en dispensait (ancienne version de l’article 14-2). Ces dispenses ne figurent plus dans le texte en vigueur : l’obligation vaut désormais quel que soit le nombre de lots (service-public.gouv.fr).
Le DPE collectif
Il concerne les immeubles d’habitation collective dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013 (article L126-31 du code de la construction et de l’habitation). Il éclaire la trajectoire énergétique de l’immeuble, et donc les travaux qui finiront par s’imposer. Pour 2025, la loi dit « entre cinquante et deux cents lots », non « de 51 à 200 » comme pour le PPPT (article 158, VI, de la loi Climat et résilience) : ces échéances étant passées, l’écart est sans effet.
Les documents de copropriété à lire avant d’estimer, d’acheter ou de vendre
L’analyse de la copropriété repose sur des pièces précises, dont la plupart doivent être remises à l’acquéreur au plus tard à la signature de la promesse (article L721-2 du code de la construction et de l’habitation). Voici celles que j’examine systématiquement :
- les procès-verbaux des assemblées générales des trois dernières années ;
- le plan pluriannuel de travaux adopté ou, à défaut, son projet ;
- le DPE collectif, lorsqu’il est déjà réalisé (il ne figure pas dans la liste légale de l’article L721-2 : je le demande au syndic) ;
- le montant du fonds travaux rattaché au lot et la dernière cotisation versée ;
- le niveau des charges, les impayés et les éventuelles procédures ;
- le carnet d’entretien, qui retrace les travaux déjà réalisés ;
- les travaux votés et le calendrier des appels de fonds correspondants ;
- les travaux non votés mais devenus prévisibles au vu de l’état de l’immeuble.
Cette lecture permet de dépasser la simple valeur statistique d’un bien pour apprécier sa valeur patrimoniale et sa facilité de revente.
Vendeurs : anticipez ce que l’acquéreur lira dans vos documents
Avant de mettre en vente, demandez-vous ce que découvrira l’acheteur en ouvrant le dossier de copropriété. La négociation se joue souvent à ce moment-là.
Vos meilleurs arguments s’y trouvent aussi quand l’immeuble a été bien entretenu. Un ravalement récent, un fonds travaux solide, un plan pluriannuel adopté et une gestion saine se valorisent, à condition de les mettre en avant dès l’annonce plutôt que de les laisser découvrir en fin de parcours.
Inversement, si de gros travaux se profilent, mieux vaut les intégrer dans le prix de départ et prévoir leur répartition dans la promesse que de subir une renégociation tardive. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’estimation la plus élevée n’est pas forcément la bonne pour vendre : un prix qui ignore l’état de l’immeuble finit souvent renégocié. Sur ces questions de répartition, un accompagnement juridique évite bien des malentendus.
Questions fréquentes
Qui paie les travaux votés avant la vente d’un appartement ?
Par défaut, celui qui est copropriétaire lorsque l’appel de fonds devient exigible, et non celui qui était présent au vote. Vendeur et acquéreur peuvent convenir d’une autre répartition dans la promesse et l’acte de vente ; cette convention ne vaut qu’entre eux, pas vis-à-vis du syndicat.
Un immeuble sans plan pluriannuel de travaux est-il un mauvais signe ?
C’est au minimum un signal à creuser. Pour une copropriété d’habitation de plus de 15 ans, l’absence même d’un projet de plan signifie que l’obligation en vigueur depuis 2025 n’a pas été respectée, sauf dispense. La seule dispense prévue suppose un diagnostic technique global sans besoin de travaux sur dix ans. Ce n’est pas rédhibitoire, mais l’acheteur n’a alors aucune vision chiffrée des dix prochaines années, ce qui pèse souvent sur la négociation.
Faut-il attendre la fin des travaux pour vendre ?
Pas nécessairement. Des travaux votés, financés et bien documentés se négocient beaucoup mieux que des travaux incertains. Tout dépend de leur montant, de leur calendrier et de ce qu’ils apportent à l’immeuble : c’est précisément ce qu’une estimation sérieuse doit mesurer.
Faire estimer son appartement en tenant compte de la copropriété
Une estimation pertinente commence par le logement, mais ne devrait jamais s’y arrêter. Vous envisagez de vendre à Paris, ou voulez mesurer ce que votre copropriété ajoute ou retire à la valeur de votre bien ? L’équipe de Sellier Patrimoine peut analyser avec vous les documents de l’immeuble et vous remettre une estimation argumentée. Pour une première fourchette, vous pouvez aussi utiliser notre simulateur d’estimation, puis nous contacter pour l’affiner à la lumière du dossier de copropriété.
Article à jour au 30 septembre 2026.
Denis Sellier est le fondateur de Sellier Patrimoine, agence immobilière à Paris ; il accompagne vendeurs, acquéreurs et investisseurs dans l’estimation et la vente d’appartements en copropriété, dossier de l’immeuble compris.
